Le secteur industriel québécois est particulièrement énergivore, selon le dernier rapport sur l’état de l’énergie au Québec. Une situation qui s’expliquerait en partie par le peu d’incitatifs pour les entreprises à améliorer leur performance énergétique.
Le secteur industriel demeure le plus grand consommateur d’énergie au Québec, étant responsable d’un peu plus du tiers (36 %) de l’énergie consommée dans la province et d’environ le cinquième (19 %) des émissions de gaz à effet de serre (GES) liées à la consommation d’énergie, selon le rapport L’État de l’énergie au Québec 2024, paru jeudi.
En fait, le secteur industriel québécois fait piètre figure par rapport à ce qui se fait ailleurs dans le monde, selon Pierre-Olivier Pineau, co-auteur du rapport. « Il y a plusieurs pays dont on devrait s’inspirer, qui sont beaucoup plus riches que nous même s’ils consomment pas mal moins d’énergie », a-t – » il remarqué lors du dévoilement du rapport.
En effet, si on regarde du côté de la consommation par habitant·e, on constate que l’industrie québécoise est beaucoup plus énergivore que celle des pays comparables. Même qu’avec ses 65 gigajoules (GJ) par habitant·e, le secteur industriel d’ici est plus gourmand que la consommation totale de tous les secteurs confondus, en moyenne par pays à l’échelle de la planète (54 GJ par habitant·e) et il se compare à la consommation totale de la Chine (69 GJ par habitant·e).
L’industrie québécoise se retrouve très loin derrière celle de l’Allemagne, championne dans le domaine (28 GJ par habitant·e) et même derrière celles de l’Ontario (39 GJ par habitant·e) et des États-Unis (37 GJ par habitant·e).
Pourtant, d’autres secteurs sont moins énergivores dans la province. « Le secteur résidentiel québécois, lui, consomme une quantité d’énergie équivalente à celle des autres pays de l’OCDE, et celui des transports se compare au reste de l’Amérique du Nord », remarque Pierre-Olivier Pineau.
Peu de raison de s’améliorer
Cette situation s’explique en partie parce que la grande disponibilité de l’hydroélectricité a attiré au Québec des entreprises qui consomment beaucoup d’énergie, comme des alumineries, mais aussi parce que les industries d’ici ont peu d’incitatifs à optimiser leur consommation d’énergie. Si bien que près de 60 % de l’énergie consommée par le secteur industriel québécois serait perdue sans générer aucune valeur ajoutée, selon le rapport.
« En fait, si on regarde à l’échelle du Canada, c’est le pays de l’OCDE qui crée le moins de richesse pour l’énergie qu’il consomme et, peut être plus inquiétant encore, c’est aussi le pays qui s’améliore le moins vite de ce côté », remarque le Pierre-Olivier Pineau.
Pour le chercheur, une bonne façon de renverser la tendance serait de mettre des mesures en place pour encourager les entreprises québécoises à adopter la norme ISO 50001, qui témoigne du respect des meilleurs standards en matière d’efficacité énergétique.
C’est notamment ce que l’Allemagne a fait il y a quelques années en liant l’obtention de la norme à certains crédits d’impôt, si bien qu’elle compte aujourd’hui 5523 entreprises certifiées, comparativement à seulement cinq au Québec.