Alexis Bataillé Journaliste indépendant
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« Il existe un lien de cause à effet entre la proportion de logements communautaires dans l’ensemble du parc immobilier et les gains de productivité économique », conclut un rapport de la firme Deloitte commandé par l’Association canadienne d’habitation et de rénovation urbaine.

Qu’arriverait-il si d’ici 2030, le Canada investissait assez dans le logement social et communautaire pour doubler la part qu’elle occupe dans le parc locatif afin qu’elle atteigne 7 %, soit la moyenne des pays de l’Organisation de coopération de développement économique (OCDE)?

Selon l’analyse de Deloitte, la productivité économique du pays augmenterait de 5,7 à 9,3 % grâce aux retombées. Cela représenterait une augmentation du PIB de 67 à 136 milliards $, sans ajouter à l’inflation.

En fait, d’après l’Association canadienne d’habitation et de rénovation urbaine (ACHRU), les retombées pour l’économie canadienne seraient supérieures aux sommes investies deux ans seulement après la construction des nouveaux logements communautaires.

Ces gains ne se concrétiseront pas si la construction de logements n’est pas réorientée vers le logement communautaire, complète Deloitte.

« Le logement communautaire a toujours été considéré comme un service social, mais nous savons maintenant qu’il s’agit également d’une infrastructure économique essentielle », affirme Ray Sullivan, directeur général de l’ACHRU.

Si l’accès au logement devait d’abord être considéré comme un droit, selon André Castonguay, directeur général du Réseau québécois des OSBL d’habitation (RQOH), l’étude reste pertinente pour s’adresser aux politiciens de tendance de droite économique, alors que le Parti conservateur est en bonne posture pour gagner les prochaines élections fédérales.

Protéger le « capital humain » de la crise du logement

L’analyse montre plusieurs liens entre l’offre de logement communautaire et la productivité.

Par exemple, le haut prix des loyers diminue la capacité des gens à épargner ou à « développer leur capital humain », c’est-à-dire à obtenir une formation ou à demeurer en bonne santé.

« Nous savons maintenant que logement communautaire est une infrastructure économique essentielle. »

Ray Sullivan, ACHRU

Pour les jeunes qui grandissent dans des logements inadéquats, en plus des effets négatifs pour leur bien-être et leur estime de soi, ces mauvaises conditions « sont fortement associées à une diminution et une sous-utilisation du capital humain durant leur vie ».

La ville trop chère, la banlieue trop loin

La firme explique aussi comment l’ajout de logement communautaire pourrait aider le marché du travail.

Lorsqu’une entreprise située dans une grande ville a besoin de pourvoir un poste, un·e travailleur·euse qualifié·e pourrait ne pas pouvoir déménager pour profiter de l’opportunité d’emploi en raison des coûts de logement plus élevés. Par exemple, dans le contexte actuel, « le prix pour un trois et demi à Toronto est complètement ridicule pour un travailleur moyen », illustre André Castonguay.

Deloitte rappelle aussi qu’une bonne quantité d’argent et de temps est perdue dans le transit entre le travail et la maison par les personnes qui sont employées dans les grands centres, mais qui n’y vivent pas à cause des coûts du logement.

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