Initié en 1999, le prix Fossile du jour (Fossil of the Day) est une récompense satirique décernée quotidiennement durant les COP aux pays qui « en font le plus pour en faire le moins » en matière d’action climatique. Hier, le prix a été remis à la province de l’Alberta, un privilège rare pour un gouvernement infranational.
Alors que les espoirs dans la possibilité de voir des engagements concrets sortir des COP s’amenuisent chaque année du côté des organismes de la société civile, ceux-ci ont décidé de mettre en lumière l’hypocrisie de certains gouvernements en matière d’engagement climatique en leur décernant un prix quotidien : le prix Fossile du jour.
Les pays gagnants de ce prix sont nommés chaque jour tout au long de la COP par le Réseau international action climat (Climate action network international, CAN), une coalition de plus de 2000 groupes environnementaux du monde entier parmi lesquels on retrouve notamment Greenpeace, Oxfam, Amnesty, CAN-Rac ou encore WWF. Hier, lundi 6 novembre, c’est donc la province de l’Alberta qui s’est vue décerner ce prix si peu convoité.
Le réseau CAN affirme d’ailleurs que ce prix n’est que très rarement décerné à des gouvernements non nationaux, mais que l’Alberta, pour ses plans d’expansion pétrolière et gazière, a néanmoins réussi à se démarquer et faire exception.
« Le lauréat d’aujourd’hui a réussi à éclipser ses pairs et à remporter le rare honneur, ou devrions-nous dire déshonneur, d’être un gouvernement infranational recevant un Fossile du jour. La province de l’Alberta, au Canada, est venue à la COP avec pour mission de saboter les négociations », est-il mentionné dans la lettre de remise du prix.
Un gouvernement de l’Alberta très critiqué pour son engagement climatique
Pour l’attribution de cette récompense, CAN remet notamment en cause les actions de la Première ministre albertaine Danielle Smith, venue à la COP28 avec « une importante délégation de représentants de l’industrie pétrolière et gazière » afin de « perturber la position du Canada dans le débat sur la cessation progressive des combustibles fossiles ».
« Le gouvernement de Smith, qui continue de parier sur des solutions technologiques non éprouvées, non testées et qui ne réduisent en rien les émissions à la source est ici à la COP, en train de donner une image verte à ses actions en Alberta et de promouvoir de fausses solutions destinées à perpétuer le statu quo dans les sables bitumineux tout en remplissant les poches des entreprises », a déclaré Eriel Tchekwie Deranger, directeur exécutif de Indigenous Climate Action (ICA), suite à la nomination de l’Alberta au prix du Fossile du jour.
Un appel à se mettre à l’écoute de la population
CAN appelle notamment le gouvernement de l’Alberta à « écoutez ce que les gens de [sa] province veulent » en soulignant les résultats d’un sondage mené par L’Institut Pembina montrant que « 70 % des Albertins pensent que l’économie de la province est trop dépendant de l’industrie pétrolière et gazière ».
La lettre de remise du prix mentionne également les manquements du gouvernement de Danielle Smith envers les droits des Premières Nations sur son territoire. La Première ministre est notamment blâmée pour ne pas avoir informé en temps opportun les communautés autochtones situées en aval d’une fuite de résidus toxiques provenant des sables bitumineux de la mine Kearl d’Imperial Oil, contaminant ainsi leurs eaux.
« Nos terres, notre eau et notre peuple méritent mieux que ce que l’Alberta a à offrir. »
Kg Banjoko, coordinateur des relations gouvernementales pour la Première Nation d’Athabasca Chipewyan.
« Cela ne démontre pas seulement [l’incapacité du gouvernement de l’Alberta] à réglementer de manière responsable l’industrie, mais c’est aussi un exemple de l’échec de la province à respecter sa responsabilité fiduciaire envers les communautés autochtones gravement touchées par leur inaction », a commenté Kg Banjoko, coordinateur des relations gouvernementales et des consultations pour la Première Nation d’Athabasca Chipewyan.
« Pendant plus de 6 décennies, nous avons vu nos terres être piétinées et nous en avons assez de faire face à des promesses non tenues. Nos terres, notre eau et notre peuple méritent mieux que ce que l’Alberta a à offrir », a-t-il ajouté.