Réseaux de l’éducation, de la santé et des services sociaux et de l’enseignement supérieur. Tous ces domaines sont soit actuellement en grève ou sur le point de l’être.
Leurs revendications des travailleur·euses sont assez simples et plutôt similaires à celles des grèves précédentes : 1) de meilleures conditions pour exercer leur profession, 2) le respect réel de leur expertise et de leur jugement professionnel et 3) une reconnaissance sociale, monétaire et un pouvoir réel sur leurs propres conditions de travail.
Toutes et tous employé·es de l’État, ces professionnel·les assurent la réalisation et la qualité de nos services publics, que ce soit à l’école primaire, secondaire, dans les CHSLD, les hôpitaux, les universités ou encore dans les CLSC. Bref, toutes les ressources qui tiennent une société ensemble et en santé.
Ces domaines ont aussi la particularité d’être le principal secteur d’emploi des femmes au Québec. Non seulement les emplois comme l’enseignement et les soins infirmiers ont-ils longtemps été les seuls que les femmes pouvaient occuper, mais ils sont toujours composés à plus de 80 % de travailleuses.
Couper dans les services publics, compter sur le care gratuit
Les besoins dans ces différents secteurs sont par ailleurs nombreux, voire criants, et ce, depuis des années. Le manque de personnel, de ressources et les coupures s’inscrivent tous dans le tournant néolibéral des dernières décennies.
Toutes ces mesures n’affectent, par ailleurs, pas tout le monde de la même manière. Elles nuisent d’abord et avant tout aux personnes qui subissent les effets des inégalités sociales.
Dans le but de faire des économies, le gouvernement se repose entre autres sur le travail du care fourni par de nombreuses femmes dans la société pour se désinvestir de tout ce qui touche au soin, à l’éducation et à l’accompagnement. C’est en ce sens que les politiques néolibérales sont antiféministes : pour qu’elles réussissent, ces politiques sociales doivent compter sur le travail gratuit, sur le surmenage et sur la disponibilité constante des professionnel·les du care.
Encourager et aider à la mobilisation pour de meilleures conditions de travail dans le secteur public, c’est non seulement une lutte pour un filet social juste et accessible, mais c’est aussi un combat pour la reconnaissance que méritent les travailleuses et les travailleurs du care. Face aux effets des réformes des dernières années, leur grève est ce qui permet de prendre soin des autres.
Couper dans la couverture médicament, dans les services spécialisés des écoles, externaliser des services vers le milieu communautaire, les agences privées et la famille, c’est enlever des outils et des ressources publiques dont la société s’est dotée pour reconnaître ce que nécessite le travail du care.
Pour faire des économies, le gouvernement compte sur le travail du care fourni gratuitement par de nombreuses femmes dans la société.
Nos services publics sont le fruit de luttes durement gagnées des décennies passées. De la « grève des douces » de l’hôpital Sainte-Justine en 1963 pour plus de financement, à la grève illégale en enseignement en 1979 qui a mené à l’obtention des congés de maternité payés de 17 semaines, en passant par la campagne « Touche pas à on CLSC » après la réforme Barrette, ces mobilisations ont permis des acquis importants pour reconnaître les qualifications et les droits que ces emplois nécessitent.
Le soin, l’éducation et le soutien ne sont pas le fait d’anges gardiens comme on a voulu le faire croire au début de la pandémie de COVID-19 : c’est le résultat de l’expertise de professionnel·les qui choisissent le secteur public parce qu’ils et elles croient à sa mission.
Faire avec moins
En se désengageant des services publics, on fait reposer le tout sur l’informel, le travail gratuit et l’exploitation. On demande de faire avec moins, comme si les employé·es ne dénonçaient pas depuis des années les effets des coupures sur leur capacité à effectuer leur travail au meilleur de leur capacité.
En se tournant vers le secteur privé et la famille, on demande en fait à des gens qui ne sont généralement pas syndiqués de faire le même travail dans des conditions plus précaires, plus dangereuses et moins bien rémunérées. C’est notamment le cas de plusieurs agences de placement qui exploitent des personnes racisées, pauvres ou issues de l’immigration pour un travail qui mérite largement plus.
Le désinvestissement des services publics en vient donc à précariser la situation de plusieurs groupes sociaux et à accroître les inégalités entre eux.
En ce temps de renouvellement de conventions collectives en santé, dans les services sociaux et en éducation, soutenir les luttes de travailleuses et travailleurs revient à lutter pour la reconnaissance que ces emplois nécessitent et pour les ressources qui leur permettent de faire leur travail sans s’épuiser. C’est aussi une lutte pour une société qui, à défaut de les abolir, reproduirait moins les inégalités qui oppriment une partie de la population.
À toutes celles et ceux qui sont ou seront en grève, solidarité. Comme le dit si bien le slogan féministe : « Contre le patriarcat, je me lève et je me bats! Contre le capitalisme, je me lève et je résiste! »