La fausse bonne idée de la réforme Dubé

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La fausse bonne idée de la réforme Dubé

Nous doutons fort qu’une structure centralisée et le recours au privé permettent plus d’efficacité et de démocratie.

Monsieur le ministre de la Santé Christian Dubé,

La réforme que vous souhaitez imposer à notre système de santé québécois par le biais du projet de loi 15 ne répond pas aux besoins de la population et elle nous inquiète au plus haut point.

Menace d’exode

Nous estimons d’abord que le projet de loi 15 risque d’engendrer un exode des travailleuses et des travailleurs œuvrant dans la grande région de Montréal.

Quel intérêt les professionnelles et professionnels de la santé les plus expérimentés auraient-ils à travailler dans un établissement de santé et de services sociaux situé là où le coût de la vie est le plus élevé de la province s’ils pouvaient maintenant se mouvoir partout au Québec? Pourquoi endurer la congestion et le trafic liés au fait de traverser des ponts si on peut s’en passer?

Les risques sont réels que les établissements de santé et de services sociaux montréalais soient désertés par leur personnel si l’occasion leur en est donnée.

Effritement de la démocratie syndicale

Par ailleurs, la création d’un employeur unique, l’agence Santé Québec, responsable de près de 330 000 travailleur·euses et travailleurs à l’échelle de la province, aurait pour effet d’effriter la démocratie syndicale.

Il deviendrait pratiquement impossible pour les travailleur·euses de la santé d’exercer leur liberté d’association syndicale. Il deviendrait aussi beaucoup plus complexe pour eux de mettre en place des structures syndicales locales, autonomes et en adéquation avec les particularités et les défis propres à leur milieu.

Des travailleur·euses de la santé mal représenté·es, ce sont, ultimement, des citoyen·nes moins bien soigné·es.

Efficience douteuse

Ensuite, l’efficience d’une telle structure – thème qui semble être cher à votre coalition politique – n’est aucunement démontrée.

Comment une superstructure peut-elle prétendre à la fois universaliser les pratiques et répondre aux réalités des différentes régions? Les meilleures pratiques, celles qui répondent aux besoins de la population locale, sont les pratiques instaurées de manière démocratique par ce même milieu. Votre projet de loi nous inquiète énormément à cet égard.

Qui plus est, peu de place sera laissée aux groupes ancrés depuis des décennies dans le paysage social québécois et qui comprennent mieux que quiconque les réalités qui animent leurs milieux. Et quelle place pour les citoyen·nes?

Comme nous l’avons expérimenté antérieurement avec l’abolition des commissions scolaires, il semble que, très souvent, à la Coalition avenir Québec, « plus d’efficience » rime plutôt avec moins de démocratie.

Toujours plus de privé

Le rôle que votre réforme donne finalement au secteur privé dans la prestation de services est plus que préoccupant.

Une telle nouveauté ne métamorphose pas seulement le ministère de la Santé, mais elle vient aussi rompre la promesse que notre peuple a choisi de se faire il y a maintenant plusieurs décennies : considérer l’accès à la santé comme un droit acquis.

Pensez-vous à celui qui a payé des taxes et impôts toute sa vie et qui devra malgré tout mettre la main dans sa poche pour se faire soigner rapidement? Pensez-vous à la mère qui cumule deux boulots, mais qui ne pourra tout simplement pas rencontrer un médecin dans un délai raisonnable parce que les spécialistes dont elle aurait besoin sont dorénavant presque tous dans le secteur privé?

À qui profitera vraiment la privatisation, Monsieur le Ministre?

Nous sommes d’avis, en définitive, que ce que la population mérite, alors que les Québécois·es peinent à voir un médecin, ce ne sont pas des « top guns » du secteur privé qui viendront standardiser, rationaliser et privatiser pour ensuite nous épandre, par esprit d’abstraction et un élan comptable, le vernis d’une efficacité nouvelle et inégalée.

Ce qui est impératif, enfin, c’est un investissement massif dans notre réseau public, à la hauteur de la promesse que celles et ceux qui ont bâti le Québec nous ont faite. Le projet de société que nous défendons et pour lequel nous continuerons de nous battre, c’est celui où tou·tes les citoyen·nes sont sur un pied d’égalité et ont collectivement le contrôle de leurs institutions publiques.

Laurent Thivierge est membre du Conseil intersyndical du Montréal métropolitain (CIMM)

Le CIMM regroupe, depuis 50 ans, les forces syndicales de la grande région du Montréal métropolitain. Ses organisations membres représentent plus de 400 000 travailleuses et travailleurs. Le CIMM intervient principalement sur les enjeux syndicaux, mais aussi sociaux, environnementaux, économiques et politiques.