Francis Hébert-Bernier Journaliste à l’actualité · Pivot
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Le revenu viable est généralement plus élevé dans les villes et villages de région que dans les grands centres, puisque les biens et services y sont plus chers et qu’il est généralement impossible de s’y déplacer sans voiture.

Le niveau de revenu nécessaire pour vivre dignement et donc se sortir de la pauvreté, aussi appelé « revenu viable », tend à être plus élevé dans les régions du Québec que dans les grands centres urbains, selon une étude de l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS).

Par exemple, si une famille monoparentale avec un enfant a besoin de 44 187 $ pour atteindre le revenu viable à Montréal, elle aura besoin de 51 187 $ à Rivière-au-Tonnerre, de 53 134 $ à Saint-Lambert et même de 60 450 $ à Schefferville pour avoir le même niveau de vie.

Or le revenu des personnes qui habitent hors des grandes villes tend à être moins élevé que celui de celles qui vivent dans les zones urbaines, ce qui renforce le problème.

L’IRIS calcule le revenu viable différemment pour une personne seule, une famille avec deux enfants ou une famille monoparentale avec un enfant. La réalité est particulièrement difficile pour les personnes seules : dans 25 des 33 villes et villages analysés dans l’étude, plus de la moitié d’entre elles gagnent moins que le revenu viable pour leur région.

Le poids du transport

Si les gens qui vivent en région doivent dépenser plus pour avoir un niveau de vie comparable à celui de leurs compatriotes urbains, c’est d’abord et avant tout parce qu’ils doivent se déplacer sur de plus grandes distances pour avoir accès à des biens et services, explique Guillaume Tremblay-Boily, auteur de l’étude. De plus, il est très rare que ces municipalités soient dotées de système de transport en commun efficace, ce qui rend essentielle l’utilisation de la voiture, avec tous les frais que cela engendre.

« Il faut se rappeler qu’en région on n’a pas nécessairement accès à tous les biens et aux services nécessaires à proximité. Donc ça exige de faire des déplacements et parfois aussi d’assumer des frais d’hébergement pour des choses aussi simples que d’aller voir un·e dentiste ou un·e radiothérapeute », précise M. Tremblay-Boily.

« Si on veut permettre aux gens de sortir de la pauvreté, il faut se donner des mesures structurantes, en travaillant sur un meilleur transport collectif et sur l’aménagement du territoire. »

Guillaume Tremblay-Boily

L’éloignement crée aussi de la pression à la hausse sur le prix des biens et services, qui tend à augmenter sensiblement au fur et à mesure que l’on s’éloigne des grandes villes, selon l’étude.

 « Chaque petite dépense de plus ne fait pas une énorme différence sur le total, mais quand on considère que les produits de soin personnel coûtent plus cher, que les compagnies de télécommunications fournissent de moins bons services souvent pour plus cher, que le panier d’épicerie grimpe, ça s’additionne », explique le chercheur.

En contrepartie, le coût du logement tend tout de même à être moindre dans les localités étudiées que dans les grandes villes de la province, mais pas suffisamment pour compenser les autres hausses de coûts.

Plus difficile pour les femmes

L’étude révèle de grandes disparités au niveau du genre. Les femmes doivent composer avec des difficultés particulières, puisque les produits d’hygiène personnelle, les couches pour bébé et d’autres biens et services dont l’achat leur incombe principalement tendent à coûter plus cher loin des grands centres. Ces produits sont aussi souvent indisponibles dans les villages et petites villes : les femmes doivent donc souvent se déplacer pour y avoir accès, ce qui implique encore des dépenses supplémentaires.

Or, les femmes gagnent bien souvent nettement moins que les hommes. Par exemple, à Fermont, ville minière, le revenu médian après impôts des hommes (100 000 $) est plus de deux fois plus élevé que celui des femmes (46 000 $).

Cette disparité peut désavantager grandement les femmes qui vivent des problèmes conjugaux, car elles peuvent être contraintes de quitter leur communauté si elles se séparent de leur conjoint, faute de moyens, souligne l’étude. 

Fermont, un cas particulier

Parmi les 33 villes étudiées, la ville minière de Fermont, située sur la Côte-Nord, sort partiellement du lot, remarque Guillaume Tremblay-Boily.

« C’est une ville très éloignée, mais c’est possible de s’y déplacer sans voiture pour les déplacements quotidiens, ce qui offre un grand avantage », explique-t-il.

La ville est en effet aménagée de façon très particulière, car tous ses points de services ainsi que plusieurs logements locatifs sont regroupés à l’intérieur du « mur », un édifice de 1,3 kilomètre de long qui protège la ville du vent du nord. Le reste des habitations étant relativement près du mur, presque tout est accessible en quinze minutes de marche, remarque le chercheur.

La majorité des ménages de Fermont vivent avec un revenu largement supérieur au revenu viable pour cette municipalité. Par exemple, les ménages constitués d’une personne seule ont un revenu médian de 96 000 $, alors que le revenu viable à Fermont est de 38 829 $.

La réalité de chaque ville est unique, mais on peut tout de même tirer une conclusion générale, croit Guillaume Tremblay-Boily. « Si on veut permettre aux gens de sortir de la pauvreté, il faut se donner des mesures structurantes, en travaillant sur un meilleur transport collectif et sur l’aménagement du territoire. »

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