Des jeunes autochtones interrompent l’allocution du premier ministre Justin Trudeau à la Conférence de l’ONU sur la biodiversité, au Palais des Congrès de Montréal, le 6 décembre 2022. | Photo: Greenpeace Canada
Nouvelle

La police a détenu des jeunes autochtones qui manifestaient à la COP15

« Ils ne peuvent pas continuer à nous faire violence juste parce que nous disons notre vérité. »

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Un groupe de jeunes autochtones a interrompu l’allocution du premier ministre Justin Trudeau à la Conférence de l’ONU sur la biodiversité, mardi soir à Montréal, afin de dénoncer le double discours du gouvernement. Ils et elles ont ensuite été détenu·es par la police dans les rues du centre-ville, loin des regards. 

Un groupe de jeunes représentant·es des Premières Nations venait de quitter le Palais des congrès de Montréal, où se déroule actuellement la 15e Conférence de l’ONU sur la biodiversité (COP15). Ils et elles y avaient chanté, tambour en main, interrompant le discours du premier ministre Justin Trudeau. L’intervention avait notamment pour but de dénoncer la violation des terres autochtones.

Le groupe a été rapidement escorté hors des lieux. « Comme vous pouvez le voir, le Canada est aussi en faveur de la libre expression », avait alors fait remarquer Justin Trudeau devant la foule, remerciant même les manifestant·es. 

Détenu·es par la police

Or, les jeunes délégué·es autochtones ont finalement été détenu·es par les forces de l’ordre peu de temps après, à l’écart de la conférence. 

Après leur intervention au Palais des congrès, ils et elles ont continué de défiler en chantant dans la rue du centre-ville, sous l’œil des nombreux policiers déployés dans le cadre de la conférence. Sii-am Hamilton, une jeune femme issue des nations Stó:lō et Nookta en Colombie-Britannique, filmait la scène, dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux

Le groupe s’est retrouvé immobilisé sur un coin de rue, encerclé par une quinzaine de policier·es, dont plusieurs à cheval. « Nous venons de quitter [la conférence des] Nations unies, et maintenant nous sommes encerclés par la police. Nous sommes un groupe de jeunes autochtones, nous ne sommes pas armés et nous n’avons rien fait d’illégal », déclare Sii-am. 

Une policière annonce ensuite que les jeunes manifestant·es sont détenu·es et leur rappelle leurs droits. 

Plus tard, le groupe continue finalement son chemin, mais il est toujours entouré par les policiers. « On n’en a pas fini avec vous! », s’exclame un policier en vélo qui suit le groupe. 

Les représentant·es parviennent finalement jusqu’à la porte d’un immeuble, où ils et elles ont pu prendre refuge. 

Manuel Couture, relationniste au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), affirme que les policiers ont détenu les manifestant·es pour fins d’enquête. Il dit toutefois ignorer pourquoi les policiers ont continué de suivre les jeunes, même après avoir déterminé qu’ils et elles n’avaient pas commis d’actes criminels. 

« Nous sommes un groupe de jeunes autochtones, nous ne sommes pas armés et nous n’avons rien fait d’illégal »

Sii-am Hamilton

Critiques de la surveillance policière

Une fois en sécurité, une des membres du groupe, Ta’Kaiya Blaney, fait le point devant la caméra. « Ce que nous venons de vivre est très effrayant », explique la jeune activiste de 21 ans de la nation Tla’Amin. 

« Ils ne peuvent pas continuer à nous faire violence juste parce que nous disons notre vérité. » Elle se questionne sur la valeur du dialogue politique avec les gouvernements lors de conférences environnementales internationales comme la COP15, alors que les demandes de sa communauté tardent à se concrétiser. 

« Nous avons peut-être dérangé [le premier ministre] pendant quelques minutes, mais ce n’est rien comparé à la dévastation que notre peuple a dû endurer à cause du génocide et de l’empiètement colonial basé sur l’extraction des ressources. » 

La COP15 donne lieu au plus important déploiement policier à Montréal en 20 ans, regroupant à la fois les membres du SPVM et d’autres corps de police comme la SQ et la GRC. Cette présence policière accrue inquiète la Ligue des droits et libertés, qui y voit une potentielle menace au droit de manifester, pourtant essentiel dans le cadre des luttes environnementales.

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