Violences contre les femmes : tannées d’attendre

À moins de deux semaines des élections provinciales, les maisons d’hébergement pour femmes prient les partis politiques de s’engager dans une lutte concrète contre les violences faites aux femmes. Le G13, un regroupement de mouvements féministes, réclame également des politicien·nes la création d’un ministère pour se pencher sur les inégalités sociales et de genre.

Parce qu’en 2022, s’identifier au sexe féminin c’est encore trop souvent être en danger, être corps exutoire, devenir dommage collatéral.

De l’aide tangible, svp

Les statistiques dévastatrices le montrent, il ne suffira pas d’un point de presse pour encourager les boys à aller chercher de l’aide, ton et moue de papa déçu à l’appui, pour que le problème s’essouffle. Parce qu’« aller chercher de l’aide » ne signifie pas pouvoir entrer dans un processus de thérapie préventive complet : les soins de santé psychologique demeurent inaccessibles à la majorité. Alors la pression s’accumule sur les lignes d’aide gratuites.

Mais voilà : le milieu communautaire est à feu et à sang, porté à bout de bras par des intervenantes et intervenants aussi passionné​​·es qu’épuisé·es. Éreinté·es de devoir toujours patcher pour un système qui les laisse à l’abandon, parce que les gouvernements en place se contentent perpétuellement de s’émouvoir devant la vocation des anges gardien​​·nes, sans admettre que la sollicitude, l’empathie et la bienveillance – des qualificatifs culturellement associés au féminin –, ça se rémunère.

Vous rappelez-vous quand notre système de santé s’est effondré en raison d’une pandémie mondiale qui a révélé qu’« attendre et voir » n’est, contre toute attente, pas une solution viable menant à une augmentation de la qualité des services?

On pourrait espérer que nos dirigeant·es aient appris de ce désolant désastre. Que nenni!

Combien de temps encore devra-t-on regarder des femmes tomber sous la jalousie et l’égo d’hommes-bombes, pendant que les travailleur·euses du communautaire jonglent avec la pénurie d’employé·es et les heures supplémentaires sous-payées?

Reconnaître les violences symboliques

Agir en prévention contre la violence faite aux femmes, c’est aussi reconnaître que les violences sont plurielles et sournoises, de vraies as du déguisement! Du negging au détournement cognitif, les violences savent revêtir les habits de la bienveillance et du sensationnalisme.

Tenez, comme plusieurs ce dimanche, en visionnant la 37e Cérémonie des prix Gémeaux, j’ai assisté avec malaise et stupeur à l’initiative de Guillaume Lemay-Thivierge de monter sur scène pour s’accaparer l’attention de manière impromptue et décousue.

Couper la parole est un geste brutal qui est l’apanage des privilégiés.

Au lendemain du gala, une publication de Léa Clermont-Dion met en exergue la symbolique du geste : l’acteur a interrompu un segment qui visait à souligner l’impact social du cinéma documentaire. De la célébration rodée au quart de tour, il a ravi trois grasses minutes de spotlight à des cinéastes au travail méritoire, se repaissant goulument de plusieurs secondes de silence pour récolter le rire (jaune) du public, rattachant au passage ses boutons de manchettes avec une mine débonnaire.

Ironiquement, ce sont Ingrid Falaise, qui signe notamment la série Femme, je te tue, et Léa Clermont-Dion, dont le documentaire Je vous salue salope : la misogynie au temps du numérique vient de prendre l’affiche, qui présentaient la catégorie du gala que Lemay-Thivierge a interrompue. Une fois sur scène, elles ont dédié les quelque 30 secondes qu’il leur restait pour lancer un message de solidarité aux femmes subissant de la violence. Elles ont noblement déféré la lumière des projecteurs pour se positionner en alliées et rediriger l’attention vers celles qu’on laisse continuellement tomber.

À exiger en cette fin de campagne

Les femmes représentant 51 % de la population, je pense qu’il n’est pas utopique d’espérer que les partis politiques fassent une priorité des enjeux les concernant. On ne peut plus se contenter de croiser les doigts. Il faut férocement réclamer que la situation soit hissée dans les priorités des partis dans les dernières semaines qui nous séparent des urnes, et pas uniquement avec des solutions de réaction comme l’implantation de bracelets pour les conjoints violents récidivistes.

La santé psychologique et émotionnelle – celle qu’on ne voit pas parce qu’elle est cachée dans nos cœurs, dans nos cerveaux et dans nos tripes – est au moins aussi importante que la vigueur des corps.

Et les maux qui y prennent racine finissent immanquablement par s’extérioriser aux dépens de celles qui se trouvent dans le périmètre.

En attendant une révolution, semaine après semaine, je pleure de rage pour les nouvelles disparues dont le nombre ne cesse de croître : Viergemene, Gisèle, Kamila, Audrey-Sabrina. Je voudrais crier ma désolation et mon indignation assez fort pour pouvoir les ramener. Tant que la sécurité des unes est compromise, c’est notre intégrité et notre solidité sociales qui sont en péril.

Pour davantage d’informations sur les ressources disponibles et pour recevoir de l’information au quotidien sur les revendications des groupes d’entraide pour les femmes, rendez-vous sur la page du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale.