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La majorité des entreprises québécoises n’ont pas de plan environnemental

L’inaction des entreprises contredit les attentes des consommateur·trices, des employé·es, et même les discours des dirigeants.

Plus de la moitié (58 %) des entreprises québécoises avouent ne pas avoir d’objectifs ou de politique de développement durable, selon un récent sondage mené par le cabinet de conseil KPMG. Pourtant, la forte majorité des répondant·es se disent préoccupé·es par les enjeux environnementaux.

L’enquête Focus Québec 2025, non probabiliste, a été réalisée par KPMG auprès de 767 personnes provenant de différents secteurs du milieu des affaires québécois. Les deux tiers (64 %) occupaient des postes exécutifs.

L’absence de politique environnementale dans la majorité des entreprises contraste avec les préoccupations affichées par les gens d’affaires interrogés. En effet, dans les trois quarts (76 %) des entreprises, on affirme pourtant que « le développement durable est un facteur important dans le développement de nouveaux produits ».

De plus, en tant que consommateur·trices, plus des deux tiers (68 %) des personnes sondées se déclarent influencées par les questions environnementales, sociales ou liées à la bonne gouvernance des entreprises. Et en tant qu’employé·es, près des trois quarts (72 %) estiment qu’une entreprise qui prend une position juste sur un enjeu de société constitue « un employeur de choix ».

Pour Frédéric Legault, doctorant en sociologie économique à l’UQAM, ces chiffres pour le moins contradictoires révèlent avant tout l’écart entre les discours des entreprises et leurs pratiques réelles.

« Aujourd’hui, personne n’est contre l’environnement, tout le monde est vert », mais dans les entreprises, « les intentions ne se traduisent pas par des gestes concrets », constate-t-il. « C’est de la rhétorique. »

Si les entreprises continuent d’agir de façon parfois « dévastatrice » pour l’environnement, « c’est tout simplement parce qu’elles y ont intérêt », explique-t-il. « Dans l’économie capitaliste, les entreprises sont contraintes à maximiser leurs profits. » Or, les mesures de réduction des impacts écologiques peuvent être coûteuses, sans toujours être profitables. Quant à l’idée de réduire la pollution en réduisant la production, elle est contraire à l’obligation de « maintenir la croissance » des entreprises, souligne le co-auteur de l’ouvrage Pour une écologie du 99 %.

Dans l’analyse qui accompagne le sondage, KPMG suggère d’ailleurs que le souci de l’environnement peut être vu comme une occasion de commercialiser de nouveaux produits. Il serait aussi bon pour la réputation des entreprises et permettrait d’attirer les investissements, la main-d’œuvre et la clientèle.

« La transition écologique est avant tout perçue comme une occasion d’affaires », analyse Frédéric Legault. Selon lui, les entreprises vont tenir compte de l’environnement « tant qu’elles ont un intérêt à le faire », sans plus. Et même, certaines peuvent se doter de plans verts qui leur permettent « d’acheter la paix », mais qui sont en vérité inefficaces, voire nuisibles, souligne-t-il.

Laisser la chance au coureur?

D’après KPMG, la prise en compte des enjeux environnementaux dans les entreprises passerait par une meilleure gouvernance à l’interne. L’une des solutions clés serait la mise en place d’« incitatifs » et de rémunération pour les dirigeant·es qui atteignent certains objectifs de développement durable.

Mais pour Frédéric Legault, il est hors de question de se fier à de telles méthodes.

« Il faut arrêter de laisser la chance au coureur. Il faut légiférer, et de manière de plus en plus agressive ».

Selon lui, c’est très clair : le retard observé dans la majorité des entreprises québécoises indique que l’État doit intervenir. « C’est le rôle des pouvoirs publics de mettre en place un contexte économique qui encourage, ou sinon qui contraint les entreprises à adopter des bonnes pratiques environnementales. »

L’intervention de l’État peut passer par des soutiens financiers, associés à des contraintes précises, illustre Frédéric Legault. Ces soutiens devraient aussi être réservés aux petites et moyennes entreprises qui manquent de ressources pour agir, par exemple pour moderniser leurs infrastructures, précise-t-il. Bref, « il faut éviter que ce soit simplement un transfert d’argent public vers les poches des patrons », met-il en garde.

Et dans le cas d’entreprises qui résisteraient à ces changements, « alors on fait un pas de plus et on les met sous contrôle public, on les socialise », tranche Frédéric Legault. À l’heure actuelle, estime-t-il, le contrôle démocratique de l’économie se montre nécessaire à la planification de la transition écologique.

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