Les vestiges d'un déménagement à Parc-Extension en juillet 2021Les vestiges d'un déménagement à Parc-Extension en juillet 2021 | Marie Sébire

Les demandes d’aide suite à des évictions ont triplé en deux ans

Il est urgent que le gouvernement du Québec intervienne pour contrôler les loyers et encadrer strictement les évictions, selon les comités logement.

Le nombre de personnes ayant cherché du soutien auprès de leur comité logement à la suite d’une tentative d’expulsion est passé de 300 en 2019, à 600 l’an dernier, puis à 874 cette année.

C’est ce que démontrent les données rassemblées par le Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec (RCLALQ). Et ces chiffres représentent uniquement « la pointe de l’iceberg. Des reprises de logement, il y en a des milliers et des milliers chaque année au Québec », ajoute en conférence de presse Maxime Roy-Allard, porte-parole du RCLALQ.

Les cas recensés comprennent à la fois les rénovictions, les reprises de logement par les propriétaires ainsi que les évictions pour subdivision, agrandissement ou changement d’affectation.

Dans la majorité des cas, il s’agirait de faux prétextes invoqués par les propriétaires dans le but d’exclure les locataires pour mieux hausser les loyers, explique Maxime Roy-Allard.

« La majorité des évictions servent à augmenter rapidement les profits des propriétaires », insiste-t-il. « C’est trop facile de contourner la loi. »

Une enquête menée l’an dernier par le comité logement de La Petite-Patrie, à Montréal, avait montré que dans 85% des cas observés, les reprises et les évictions étaient frauduleuses et les projets prétextés ne se réalisaient pas. « Parfois, les propriétaires ne s’en cachent même pas » et remettent les logements à louer dès qu’ils ont expulsé les locataires, raconte Amélie Pelland, coordonnatrice d’Action-Logement Lanaudière.

La moitié des évictions recensées par le RCLALQ sont menées par des propriétaires qui ont acheté l’immeuble depuis moins d’un an et « qui veulent « optimiser » leur investissement », rapporte Maxime Roy-Allard. La proportion monte à 70% si on compte les cas où l’immeuble a été racheté dans les trois dernières années.

La rareté des logements disponibles et la flambée des loyers rendent la vie particulièrement difficile aux personnes évincées, puisqu’elles doivent souvent payer beaucoup plus pour se reloger.

« La crise du logement signifie des difficultés accrues pour les locataires, mais pour les propriétaires, c’est une opportunité d’augmenter leurs profits. »

Jonathan Carmichael, organisateur communautaire au Bureau d’animation et information logement (BAIL) de Québec

Plusieurs personnes vivent une « totale panique » après avoir été jetées à la rue et certaines finissent même par développer des idées suicidaires, témoigne Amélie Pelland.

Besoin d’un plan d’action provincial

Le gouvernement du Québec doit intervenir « le plus rapidement possible » pour mettre un terme à la crise des évictions, affirme Maxime Roy-Allard.

« Il ne faut pas se fier au marché privé pour espérer que les locataires soient protégés, c’est vraiment la responsabilité du gouvernement du Québec. »

Le RCLALQ réclame un registre public des loyers ainsi qu’un contrôle légal pour limiter les hausses. Le Regroupement demande aussi d’interdire les reprises par les propriétaires dans les régions où le taux d’inoccupation sur le marché locatif est inférieur à 3%. Enfin, le RCLALQ estime qu’il faut changer la loi pour qu’il ne soit plus permis d’évincer des locataires pour procéder à des subdivisions, agrandissements ou changements d’affectation.

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