Vue de RimouskiVue de Rimouski | Harfang, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

La crise du logement met en péril l’accueil de réfugiés à Rimouski

La crise du logement qui sévit à Rimouski met à risque sa capacité d’être une ville d’accueil pour les réfugié.es. La pénurie de logements accentue la discrimination que subissent ces familles.

« Moi, les immigrants, j’en veux pas ! » Voici ce que Cindy Bélisle, coordonnatrice du volet réfugié pour Accueil et Intégration Bas-Saint-Laurent (AIBSL) raconte avoir déjà reçu comme réponse de la part de certain.es propriétaires à qui elle a référé des réfugiés en quête d’un logement. Les logements sont rares et l’organisme peine de plus en plus à trouver un endroit convenable pour les personnes qu’il doit accueillir, avouait-elle lors de son intervention au Grand forum des locataires tenu par le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) le 9 novembre dernier.

Caroline Houle, directrice générale d’AIBSL, explique que Rimouski n’est pas un milieu habitué à l’immigration. Le problème est accentué par le faible taux d’inoccupation. « Il y a des propriétaires qui sont très compréhensifs », nous dit-elle. Malheureusement, certains préjugés persistent. Elle raconte que les nouveaux arrivants sont perçus par certains comme étant de mauvais payeurs ou des gens qui vont mal entretenir leurs logements. Les propriétaires exigent habituellement des enquêtes de crédit alors que les personnes réfugiées n’ont pas d’historique de ce genre.

Un déséquilibre systémique

Rimouski fait partie des quatorze villes désignées par le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI) comme ville d’accueil pour les réfugiés pris en charge par le gouvernement. D’ordinaire, la ville accueille environ 70 personnes par an, même si ce nombre a été drastiquement réduit durant la pandémie. C’est à l’AIBSL qu’il incombe de trouver un logement pour les familles qui lui sont référées. 

La directrice dit avoir du soutien de la part des élus locaux:  « Il y a de belles tables de concertation ». L’organisme fait un travail de médiation entre les familles qu’elle accompagne et les propriétaires en cas de problème. Et si le besoin se fait sentir, il peut également diriger les personnes vers le comité logement de la région.

Mais la discrimination est un problème bien réel, selon Alexandre Cadieux, intervenant au Comité logement Bas-Saint-Laurent. « Que les proprios soient ouvertement racistes ou non, il y a un déséquilibre systémique qui marginalise les personnes immigrantes », explique-t-il. La pénurie de logements fait que les propriétaires ont le gros bout du bâton. « Il y a déjà plein de monde avec des références d’ancien propriétaire, avec un parent qui peut les endosser, avec une enquête de crédit », dit-il. Les propriétaires ont naturellement tendance à favoriser ces personnes quand vient le temps de signer un bail.

Les personnes réfugiées vont rarement entamer des procédures judiciaires et il est difficile de les convaincre de contester le refus d’un propriétaire, selon l’intervenant. « L’État doit s’impliquer », affirme-t-il. Le gouvernement est responsable de faire appliquer la Charte des droits et le processus de plainte actuel n’est pas une panacée selon lui.

Une solution du côté des municipalités?

Le rapport du Groupe d’action contre le racisme déposé en décembre 2020 offre peu de solutions au problème de la discrimination dans l’accès au logement. Alexandre Cadieux voit tout de même une avenue intéressante dans ce qui y est proposé, soit l’implication accrue des municipalités: « les municipalités ont des pouvoirs d’action en matière de logement. Bien que la loi ne l’exige pas, une municipalité peut formuler dans une politique d’habitation les principes qui guideront son action », peut-on lire dans le rapport du groupe dirigé par Nadine Girault et Lionel Carmant.

Actuellement, Rimouski n’a pas de politique municipale d’habitation. Pour l’intervenant du comité logement, une telle politique donnerait les grandes orientations en matière de salubrité et de discrimination, pour ne nommer que ces deux aspects. « Au lieu d’adopter simplement un règlement, on se donne un objectif. Cela donne une vision politique », dit-il.

Le nouveau maire de Rimouski, Guy Caron, abonde dans le même sens. « On vit une crise du logement à Rimouski actuellement », déclare-t-il. La situation est très difficile pour plusieurs groupes, selon le maire. Le taux officiel d’inoccupation est de 0,9 %, mais le taux réel actuel est plus bas selon lui. Pour tenter de résoudre le problème, la ville veut accroître l’offre. Le maire en a fait un élément central de sa campagne électorale.

« On a besoin d’une vision à plus long terme », dit-il. « Actuellement, il n’y a rien qui dit où Rimouski veut aller. » Pour cela, la ville va réviser son plan d’urbanisme et revoir certains règlements de zonage. Le maire veut favoriser la densification afin de permettre un développement viable au niveau environnemental. Une fois ces travaux entamés, il prévoit faire adopter une politique municipale d’habitation. « Cela devrait se faire d’ici la troisième année [du mandat] », nous dit-il.

Sur la question de la discrimination, Guy Caron dit qu’il ne peut pas se fermer les yeux et dire que cela n’existe pas. Il voit par contre des progrès. Rimouski n’est une ville d’accueil que depuis quatre ans et plusieurs propriétaires se proposent maintenant pour accueillir les nouveaux arrivants. « Cela prend un effort de sensibilisation », dit-il.

Pour Caroline Houle, la solution à moyen terme passe par un investissement important dans le logement social. « Ceux qui n’ont pas les moyens n’ont pas grand choix », se désole-t-elle. « On est un merveilleux milieu, mais il n’y a pas de logements ».

La crise du logement frappe l’Est du Québec

Le taux d’inoccupation publié l’an dernier par la Société d’Habitation et de Logement (SCHL) était de 0,9% à Rimouski. Selon Guy Labonté, coordonnateur du comité logement du Bas-Saint-Laurent, le taux véritable est plus près de 0,2% en ce moment.
En 2015, le taux d’inoccupation se situait autour de 5%.
Au mois de septembre dernier, il y avait quinze ménages qui n’avaient toujours pas trouvé d’endroit où habiter. « A partir de l’automne [2020], on recevait des appels de gens qui demandaient si on pouvait les aider à trouver un logement », raconte Guy Labonté.
Une situation semblable est également vécue dans tout l’Est du Québec. Rivière-du-Loup, Matane et Gaspé se trouvent tous sous le seuil de 3% d’inoccupation.

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