température maximaleTempérature maximale moyenne observée en octobre 2021 | Ministère de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques

Du jamais vu : en octobre il a fait 4,3˚C plus chaud que la normale au Québec

L’écart avec la normale est énorme: en plus de 100 ans d’observations, jamais un mois d’octobre n’aura été aussi chaud.

Le mois dernier, la température moyenne du Québec a été de 4,3˚C plus élevée que la normale de 1981 à 2010, souligne un bilan que vient de publier le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques.

L’anomalie moyenne s’est maintenue à +7,4˚C une semaine entière, du 10 au 16 octobre, atteignant presque +10˚C le 12 (plus précisément, +9,9˚C).

C’est du jamais vu. Le record de 1947 est battu de 1,3˚C. Mais si octobre 1947 pouvait ressembler à une aberration, ce n’est pas le cas d’octobre 2021. C’est toute l’année qui est exceptionnellement chaude.

« Les 31 jours de ce mois [d’octobre 2021] ont tous été plus chauds que la normale, en moyenne, au Québec, précise le bilan. La séquence en cours de jours plus chauds que la normale s’est en fait amorcée à la mi-septembre, le cinquième mois de septembre le plus chaud des archives climatiques québécoises, et totalise ainsi 46 jours […] Avec deux mois à faire, l’année 2021 s’est ainsi hissée au deuxième rang des années les plus chaudes observées, à 0,4˚C du record (2010). »

« De janvier à octobre, 2021 a été plus chaude que la normale (1981-2010) de 2,4˚C au sud du Québec et de 2,6˚C à l’échelle province. Elle prend à ce stade le deuxième rang des plus chaudes en cent ans à ces deux échelles, à respectivement 0,2 et 0,4˚C de l’année record 2010. »

Reste à voir comment se comporteront novembre et décembre, qui avaient été particulièrement chauds en 2010. Pour l’instant, Environnement Québec note que les gels sont tardifs : ils retardent de deux semaines dans la plupart des localités. Le retard a atteint 44 jours dans la baie des Chaleurs. Fin octobre, le premier gel se faisait toujours attendre à Drummondville, Sorel, Longueuil, Port-Daniel, Percé.

Le Québec n’est pas épargné par les bouleversements climatiques

Les discours climato-sceptiques apparaissent brutalement pour ce qu’ils ont toujours été : de la désinformation. Il n’y a pas si longtemps, des groupes comme l’Institut économique de Montréal publiaient des articles niant même le réchauffement climatique. « La thèse du réchauffement climatique est morte… un véritable leader ne pourra feindre de l’ignorer! », écrivait Nathalie Elgrably-Lévy, professeure aux HEC, chercheuse et administratrice à l’IEDM et chroniqueuse au Journal de Montréal, sous le titre « Le triomphe de la vérité ». (Cet article, qui date de 2012, se trouve toujours sur le site de l’IEDM.)

D’autres ont continué de nier les risques de catastrophe et s’en sont plutôt pris à « l’alarmisme ». « Et puis, arrêtez avec les discours catastrophiques! », implorait le chroniqueur Richard Martineau dans le Journal de Montréal il y a deux ans. « On sent bien aussi que, face à l’urgence climatique, certains ne répugnent pas à sombrer dans l’exagération, pour ne pas dire dans la propagande et l’hystérie », écrivait Christian Rioux dans Le Devoir pendant une canicule qui s’abattait sur l’Europe, en 2019. Le principal danger, ajoutait-il, c’est le froid, pas la chaleur. À l’instar de Mathieu Bock-Côté dans Le Journal de Montréal, Christian Rioux contestait la pertinence d’écouter Greta Thunberg, « [d]’autant plus que cette jeune fille est atteinte d’une forme d’autisme appelée syndrome d’Asperger ».

Or, le risque de catastrophe n’a jamais été aussi évident, souligne le secrétaire des Nations Unies, Antonio Guterres. Pas juste dans des pays comme Madagascar, où sévit une grave famine provoquée par le réchauffement, mais à moyen terme aussi au Québec.

On verra de quoi aura l’air l’hiver 2022. Quoi qu’il en soit, d’énormes bouleversements sont à prévoir dans le cycle de l’eau au Québec, prévient Philippe Gachon, professeur d’hydroclimatologie au département de géographie de l’UQAM. « La neige, quand elle fond, représente 20 à 30% de la recharge des nappes d’eau dans le sol », dit-il. Moins de neige, ça signifie moins d’eau dans le sol au printemps et un niveau plus bas des rivières en été. Les sécheresses vécues ces dernières années affectent les rendements.

Le nombre de jours dans l’année où il y a de la neige au sol est de moins important, et les épisodes de pluie sur neige se multiplient. Une situation qui a des conséquences notables sur les écosystèmes du Québec, note Alexandre Langlois, professeur au département de géomatique de l’Université de Sherbrooke. Les Québécois nés avant le millénaire peuvent se dire que les hivers de leur enfance ne reviendront plus…

Et les automnes non plus…

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